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Il y a des milliers de femmes qui pratiquent la sorcellerie au Canada. La plupart, des anglophones, font partie du mouvement païen wicca, une philosophie ou une religion de la terre célébrant la vie, la nature et le cycle de la vie, de la mort et de la réincarnation.
Le soir du 31 octobre, il y aura des petites bonnes femmes au long chapeau pointu, noir évidemment, protégées du froid par un long manteau, noir bien sûr, traversant la rue sur leur balai pas vraiment magique. Elles s'imagineront méchantes, laides et vieilles comme celle qui offrit la pomme à Blanche-Neige ou belle et bonne magicienne comme Samantha, gentille héroïne de la série télévisée Ma sorcière bien-aimée.
Le même soir du 31 octobre, Maïa ne se déguisera pas. Elle ne donnera pas de bonbons non plus parce que c'est la première fois qu'elle célébrera l'Halloween en tant que païenne et elle n'en est pas peu fière. Ce sera son premier grand sabbat de l'Halloween, que les initiés appellent Samhain. Pour les sorcières, cette fête marque le moment de l'année où le voile qui sépare les vivants des morts est au plus mince. Ce soir-là, avec des amies, Maïa remerciera les dieux et les déesses des bienfaits qu'ils lui ont apportés durant l'année.
Maïa est une sorcière mais préfère dire apprentie sorcière. Elle a 20 ans et pourtant elle donne déjà des cours de magie et des conseils aux clients de la boutique et librairie "Le mélange magique." Comment sait-elle qu'elle est une sorcière? "Je ne sais pas trop. Quand j'étais petite, j'étais plus attirée par le personnage de la sorcière que de la princesse. Mais bon! Puis un jour, je me suis retrouvée ici, au Mélange magique et je me suis sentie tellement bien que tout de suite j'ai voulu y travailler."
Cela ne fait pas forcément d'une femme une sorcière, surtout quand on ressemble aux jeunes filles de son âge! "Non, mais le fait que j'ouvre mon esprit à la sorcellerie et que je sais que ça fait partie de moi me permet de le dire. C'est une question de foi. Comme les sorcières, je me sens en affinité avec les éléments : l'eau, l'air, la terre, le feu et l'esprit, dit le cinquième élément. J'ai aussi des dons de guérison : par le massage reiki, je soigne avec mes mains et en transférant l'énergie, je peux même guérir mon copain d'une migraine." Mais ne lui parlez pas du diable, il n'a jamais existé, ni pour elle ni pour les autres.
Maïa ne se réclame pas de l'héritage de ses ancêtres, ces femmes brûlées vives parce qu'accusées de trafiquer avec le diable et de tuer des enfants, de concocter des potions et de jeter des sorts, de répandre la mort par la lèpre ou la famine. Bref, de provoquer la fin du monde en entraînant dans leur enfer les fervents chrétiens.
Il y a des milliers de femmes qui pratiquent la sorcellerie comme Maïa au Canada. La plupart, des anglophones, font partie du mouvement païen wicca, une philosophie ou une religion de la terre célébrant la vie, la nature et le cycle de la vie, de la mort et de la réincarnation. "En ce moment, pour moi, c'est le côté philosophique et spirituel de la chose qui m'intéresse auquel j'intègre un côté religieux et magique."
Magie? Oui, elle pratique la magie, mais avec énormément de prudence et c'est du bout des lèvres qu'elle consent à l'avouer. Pourrait-elle jeter un sort pour quelqu'un qui viendrait la voir? "Je n'en fait pas pour les autres. Je peux leur dire quoi et comment faire, comme je le fais ici, je peux leur suggérer des livres, mais à moins que ce ne soit un sort de guérison, je refuse d'en faire pour d'autres. Il y a un précepte qui dit que tout ce que tu envoies te revient."
Quels genre de sorts peut jeter cette fille plus réservée que vindicative? "On peut faire un sort de magie pour tout, il suffit d'un désir, d'un besoin. Un sort d'amour par exemple peut aider deux énergies à se rencontrer, mais le sort peut aussi contraindre une personne à aller vers une autre et ça je ne veux pas le faire. J'aurais peur que ça me revienne un jour."Maïa ne crie pas sur tous les toits, même la nuit, qu'elle est une sorcière: trop de connotations négatives sont associées à ce mot. Elle a même refusé d'être photographiée pour La Presse. Elle se garde ainsi le privilège de partager son secret avec qui elle le veut bien, elle qui se défend de n'être qu'une sorcière comme les autres, juste un peu plus près d'un autre monde.
Après l'entrevue, Maïa a pris quelques instants pour se préparer, elle travaillait ce jour-là. Elle est revenue vêtue d'une blouse blanche au col échancré, ouvert sur sa gorge, d'une longue jupe paysanne pâle et d'un corset d'une autre époque. Du temps des sorcières?